TEXTES INSPIRANTS










CIBLE Méditation
par le Patriarche Athenagoras

L'émotion ne nous empêche pas d'être tranquille
par Eric Baret

Ne vous laisser pas rêver par quelqu'un d'autre
que vous mêmes

par Julos Beaucarne

La vie ne tente plus de la comprendre
par Rainer Maria Rilke

Du détachement
par Maître Eckhart

La vérité est un pays sans chemin
par Krishnamurti

Tristesse, sentiment ultime
par Eric Baret

CIBLE L'archer et la cible
par Lilian Silburn


Sur la maîtrise de l’animation

Il existe dans le contenu du Nô la peau, la chair et l’os. Plus précisément, la peau est ce que les spectateurs aperçoivent des techniques du jeu, la chair est le processus d’exécution de ces techniques, et l’os est la profondeur du coeur qui fait naître ce processus.

D’autre part, du point de vue de l’appréciation du théâtre Nô, le « Nô de la peau » est celui qui est plaisant et peut être apprécié aussi bien par les néophytes que par les amateurs plus avertis. Celui «de la chair» n’est pas très plaisant à première vue, et les spectateurs néophytes n’arriveront pas à l’apprécier, mais pour les amateurs il représente tout naturellement une réussite de l’art et est profondément admirable. Enfin le «Nô de l’os» ne laisse même pas de temps pour l’apprécier ou l’admirer: on est totalement absorbé sans qu’il soit possible de distinguer les techniques de jeu de l’émotion ressentie.

Ainsi le stade suprême du théâtre Nô ne consiste pas simplement dans la capacité d’expression de l’acteur, mais dans l’harmonie créée par la fusion de l’acteur et des spectateurs, harmonie qui inclut la musique et le lieu.

L’expression de l’acteur n’est pas unilatérale; aucun acteur ne peut réaliser le «Nô de l’os» sans entrer en harmonie avec tout l’entourage. Le Nô n’admet pas d’égocentrisme de l’acteur, celui-ci ne doit pas se concentrer sur lui-même. Lors même que son rôle est le sujet principal de la représentation, il ne doit pas avoir conscience d’être le point de convergence, mais d’être une partie du tout (acteurs, spectateurs, musique, lieu, temps)...

Il existe, dans la conscience de l’acteur, plusieurs cadences pour accorder ses gestes avec les autres éléments du théâtre (acteurs, musique, etc.), avec les spectateurs et le milieu. L’acteur «de l’os»... réalise parfaitement un ensemble intégrant toutes ces cadences, c’est à dire le hyoshi*, à condition toutefois de s’appuyer sur une réciprocité qui implique des dispositions analogues de la part de l’ensemble des participants.

Son ego est orienté vers une conscience de l’équilibre, de l’harmonie avec le tout, ce n’est pas lui qui détermine le rapport avec les autres, il s’ouvre à une totalité...

Ainsi, au Japon, l’harmonie créée par l’intégration des cadences de plusieurs sujets caractérise-t-elle les arts traditionnels, et elle constitue dans la société contemporaine un élément très important de la structure profonde des relations humaines.

* le hyoshi est une intégration de cadences qui lient comme facteurs rythmiques plusieurs sujets et leur entourage dans le cadre d’une activité culturelle constituée. Cette intégration des cadences aboutit à un équilibre ou à une harmonie d’ensemble.


Tiré de La voie du karaté
de Kenji Tokitsu




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