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D'aussi loin que je me souvienne D'aussi loin que je me souvienne
par Muriel Hemelsoet, septembre 2008

Eloge de la vieillesse Eloge de la vieillesse
par Jean-Philippe Faure, avril 2008

Déclaration alternatif des droits de l'homme Déclaration alternative des droits de l'homme


Au delà du point de vue

En confrontant ma vision du monde avec celle d’autrui, j’ai appris que tout point de vue est une violence. Mon point de vue n’est que le prolongement de l’individu (ou de l’ego, deux mots pour exprimer la même réalité) qui essaie de préserver son isolement. La non-violence c’est de dépasser le point de vue pour acquérir une vision sphérique de la relation: une sphère de vue.

Un regard sans point de vue, un regard non focalisé, un regard ouvert au tout révèle la beauté du monde. Dans cette innocence du contact, la splendeur de la matière impressionne la rétine.

Je regardais, mais je n’avais jamais vu, car le «je» est aveugle à tout autre que lui. Désormais, la conscience observe ce «je» qui s’agite pour demeurer au centre de son attention. «Je» est un élément de son environnement. La conscience lui permet de se déployer pour prendre sa juste place, et elle est grande, dans le jeu des relations.


Décembre 2009


La vie mène

Après bien des années de poursuite, j’ai heureusement fini par me lasser de courir après des buts. Je vois maintenant que, quelle que soit la cible, il y avait à chaque fois la même violence dans ma volonté de la toucher. Désormais, je ne mets plus mon attention à vouloir atteindre ceci ou cela, ni même à ne pas vouloir atteindre ceci ou cela, je mets mon attention à accueillir et à aimer ce qui m’arrive.

Je ne souhaite renier aucune claque, aucune douleur, aucune souffrance que l’existence m’a offerte. Au contraire, je lui ai reconnaissance pour les blessures qui m’ont été octroyées. Chacune a permis de percer une de mes carapaces et de laisser rentrer la vie en moi.

Bien sûr, je ne souhaite pas non plus abjurer le plus petit sourire, le moindre baiser, le plus minuscule partage qui m’a été donné. Tout événement est ma richesse, mon capital, et je m’ouvre à sa saveur et à son sens.

Je constate que, quand je ne perds plus mon énergie à entretenir des espoirs et des illusions, à créer des attentes et des exigences, ou à vouloir comprendre ce qui survient, alors une ouverture se fait. Dans cette disponibilité, les invitations de l’instant apparaissent, leurs sens émergent naturellement et les actions suivent avec facilité.

Mon environnement sait mieux que moi ce qui m’est nécessaire. Je me soumets avec joie à cette intelligence supérieure, dans la gratitude pour sa guidance.

La vie mène. La vie donne. Vouloir autre que ce qui survient, c’est recréer la séparation avec mon environnement. Je me laisse faire dans la conscience de l’unité, espace où la volonté même de vouloir s’abolit.


Jean-Philippe Faure, novembre 2008




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